(Payot, Paris, 1975. Les numéros de pages se réfèrent à l'édition Payot & Rivages, 1999)
En 1973, douze cents travailleurs de l'horlogerie Lip de Besançon commencent
à mettre en application les principes d'autogestion économique
et sociale formulés en 1937 par Reich sous le nom de démocratie
du travail.
Ils sont conscients de l'originalité et de la hardiesse de leur action,
ils perçoivent avec lucidité les implications croissantes d'une
contestation vraiment radicale — ils ne savent pas qu'ils vont allègrement
à la rencontre de Reich.
En refusant le démantèlement de leur entreprise et les licenciements,
en occupant l'usine et en assumant eux-mêmes l'organisation de la production
selon le principe : « on fabrique, on vend, on se paie », les Lip,
comme on les appelle, s'affirment en franche opposition à tous les pouvoirs
établis et organisations officielles, par une série de refus majeurs
et convergents, extrêmement significatifs : refus de la légalité
bourgeoise qui, prise à son propre piège et tournée en
dérision, avoue sa foncière servilité à l'égard
des bénéficiaires de l'exploitation économique ; refus
des prétendues « nécessités » du système,
lequel se révèle, documents chiffrés à l'appui,
n'être que gros pillage et gaspillage des patrons et des hommes à
leur solde ; refus de prétendues « mesures » prises
à la hâte par l'État et le patronat étalant, sur
le mode du grotesque ou de la panique, une frivolité et une irresponsabilité
flagrantes ; refus de toute exploitation par les partis politiques
d'opposition (communiste, socialiste, notamment), qui cachent mal la crainte
phobique devant un mouvement qui, ignorant purement et simplement leurs prétentions
à être le savoir et la direction des masses laborieuses,
débusque leur fonction parasitaire ; refus de toute «
représentation » par les appareils syndicaux agissant obstinément,
surtout pour le plus important d'entre eux, comme facteur primordial d'intégration
au système d'exploitation.
L'ébauche d'une pratique autogestionnaire, même aussi circonscrite,
conduit à des bouleversements de plus en plus profonds ; les rapports
de travail se transforment : « pendant la lutte, tout a changé
: plus de division entre le personnel des bureaux et celui des machines, plus
de travail abrutissant, plus de chefs... » (Femmes de Lip, Libération
du 13-12-1973) ; d'autres aspects, généralement camouflés
ou refoulés, de l'expérience quotidienne, du vécu émotionnel,
entrent en jeu, et provoquent des effets contradictoires ; un essai d'égalisation
économique — « paie égale pour tous » — échoue,
et Raguenès cerne clairement les motivations caractérielles
à l'origine d'un tel échec : « derrière le salaire,
il y a la hiérarchie, et derrière la hiérarchie une image
conventionnelle du monde, des rapports sociaux entre les hommes. » Les
assemblées générales, où est censé advenir
et se déployer le discours multiforme et libre de la démocratie
du travail, restent soumises aux pressions émotionnelles de ceux qui
engagent dans le processus surtout leurs frustrations et leur irrationalité
— c'est le « petit noyau » dont parle Charles Piaget et qui, rivé
par « une présence constante » aux lieux où l'expérience
se parle, semble vampiriser l'énergie qui s'y libère.
D'autant plus précieux et éclairants apparaissent, en regard,
les développements souvent inattendus de l'affaire Lip. La religiosité,
dans sa dimension mystique, au sens reichien du terme, c'est-à-dire
comme irrationnel et stéréotype, est atteinte, si l'on en croit
Vittot : « Je suis chrétien de plus en plus et je pratique de moins
en moins... Je ne peux plus concevoir de prier à l'église côte
à côte avec un patron qui tout au long de la semaine fait ramper,
fait crever les gars. » Le corps lui-même enregistre des bénéfices
qui semblent relever de la végétothérapie : troubles psychiques
et maladies sont, affirment les Lip, en nette régression. Les relations
entre l'homme et la femme, entre l'adulte et l'enfant, la fonction répressive
de l'éducation, les problèmes de la haine, de l'amour, de la différence,
de la discrimination, etc. — tous aspects qui ressortissent chez Reich à
l'économie sexuelle — sortent de l'ombre, se dégagent
des tabous et des prohibitions, traversent hontes, retenues et fausses pudeurs,
et deviennent objet de discussion, centres d'intérêt, source de
réévaluations parfois radicales. Dissipées ou ébranlées,
ne fût-ce qu'un temps, les contraintes externes et les résistances
intérieures — émerge alors quelque chose comme un sens érotique
du travail, des relations sociales, de la réalité, que Ludmilla
Kita, saisissant l'événement en brèves et fulgurantes formules,
expose avec bonheur : « C'est une fête qui est empreinte d'une certaine
gravité... La danse c'était ça, autrefois. »
Installé à Oslo depuis 1934, Reich y poursuit ses expériences
sur la bio-électricité du corps humain, envisagé
surtout dans ses émotions fondamentales : le plaisir, l'angoisse, la
peur ; il s'est en outre engagé dans une recherche sur les corpuscules
vivants élémentaires, qui aboutit à sa théorie des
bions et à des vues nouvelles sur l'origine de la vie ; et dans
le même temps, il continue de s'interroger passionnément sur l'existence
politique de l'homme, sur la fonction du travail, sur la nature de la société
et de l'État. Que ces trois recherches se développent concurremment
n'est pas sans signification — leur articulation fait l'originalité unique
de la théorie reichienne de la démocratie du travail.
L'impuissance des partis sociaux-démocrates et communistes à barrer
la route au fascisme et au nazisme ; l'accentuation de plus en plus meurtrière
de la dictature et de la répression en Union soviétique ; les
formes nouvelles de luttes et d'organisation inventées par la toute jeune
révolution espagnole, où le front commun des anarchistes, anarcho-syndicalistes
et marxistes révolutionnaires est salué par Reich comme «
le principe de la liberté personnelle et de l'autogestion sociale allié
au principe de la direction organisée du combat révolutionnaire
» — l'analyse de ces événements contemporains que Reich
développe dans son article Questions du second front (1937)
accompagne une réflexion sur sa propre pratique de travailleur intellectuel,
de savant, associé à d'autres chercheurs et à divers collaborateurs
dans une tâche commune ; cette réflexion refuse de se couper de
ses sources marxistes, puisque Reich, rééditant en 1937 La
lutte sexuelle des jeunes et demandant de lire « révolutionnaire
» là où il avait écrit « communiste »,
précise que « le livre s'en tient aux principes fondamentaux de
la Ligue des communistes fondée par Marx, tels qu'ils sont consignés
dans le Manifeste communiste » — mais réflexion qui tente
de s'élargir aux dimensions des recherches biologiques et sexuelles menées
au même moment par Reich, en vue d'éclairer les fonctions vitales
primordiales du travail et de la société. Tous ces facteurs interviennent
dans l'élaboration des thèses de la démocratie du travail,
que Reich expose dans un article ronéotypé de Politisch-psychologische
Schriftenreihe de 1937 intitulé L'organisation naturelle du
travail dans la démocratie du travail, signé, sans autre
précision, « un travailleur de laboratoire » ; Reich poursuit
aux États-Unis sa réflexion politique, en publiant dans la même
revue, en 1941, un article intitulé Nouveaux problèmes de
la démocratie du travail. L'essentiel de ces textes, complétés
par des études écrites en 1943, constitue la dernière partie,
substantielle, de La psychologie de masse du fascisme. Dans la préface
qu'il rédige en 1942 pour l'édition anglaise de l'ouvrage, Reich
— après avoir quelque trente années à l'avance indiqué
ce qui paraît être la caractéristique dominante des mouvements
populaires actuels, à savoir que « ce ne sont plus, de nos jours,
les partis communistes ou socialistes, mais par opposition à eux,
de nombreux groupements apolitiques et des couches sociales de toutes
les nuances politiques, qui préconisent de plus en plus la révolution,
c'est-à-dire la mise en place d'un ordre social nouveau et rationnel
» — désigne l'objectif politique majeur de la démocratie
du travail en affirmant qu'elle peut être « considérée
comme l'antidote contre le fascisme ».
La démocratie du travail n'est pas un programme politique dont on proclamerait
la proche ou lointaine réalisation ; elle n'est pas une idéologie
nouvelle dont il faudrait instruire les masses — elle est, souligne Reich, «
un fait », « un état de fait », « la démocratie
naturelle du travail existe et fonctionne sans arrêt », tout
simplement parce que c'est une fonction vitale, « une fonction fondamentale
bio-sociologique de la société ». Cette définition
commande les deux principaux versants de l'analyse reichienne : côté
positif, la démocratie du travail relève de la nécessité
biologique, de la rationalité, du plaisir, de l'activité libidinale
; mais par ailleurs, la fonction naturelle du travail qu'elle représente
a été recouverte, refoulée, pervertie, dénaturée
par la violence répressive et irrationnelle de divers systèmes
économiques, politiques, idéologiques — systèmes que la
démocratie du travail, par son seul fonctionnement, devra faire dépérir
et disparaître.
« Le travail est rationnel et a des effets rationnels en soi
et par soi. » C'est là une des propositions centrales de la théorie
reichienne. Agissant en vue de la satisfaction de ses besoins vitaux, de son
adaptation, de sa survie, l'homme établit nécessairement, dans
l'acte primordial de travail, des rapports rationnels avec la nature et, dans
ces limites naturelles au moins, avec autrui — nécessairement,
car comment aurait-il survécu avec des rapports faussés, irrationnels,
hallucinatoires, mystiques ? Ces derniers ont pu se constituer, parallèlement
ou ultérieurement, sur une base rationnelle originelle, qu'ils ont exploitée,
travestie, camouflée, sans pour autant, et pour cause, l'éliminer.
Parce qu'elle renoue avec cette essence rationnelle du travail, avec cette rationalité
en acte, pratique, concrète, matérielle, la démocratie
du travail est assurée de promouvoir, par-delà les limitations
individuelles ou locales, des formes harmonieuses et fécondes d'organisation,
et de rencontrer, à un certain point de son développement, un
assentiment universel, international.
A l'instar des autres activités vitales, et notamment de l'activité
sexuelle, le travail est lié, dans son fonctionnement naturel, à
une émotion fondamentale de plaisir, il implique une forte demande et
une forte satisfaction libidinales. Voici une autre proposition centrale de
Reich : « Nous disons que le rapport de l'homme à son travail,
si ce dernier lui fait plaisir, est un rapport « libidinal » : comme
il y a relation étroite entre le travail et la sexualité
(au sens le plus large du terme), le problème du rapport de l'homme avec
son travail est en même temps un problème relevant de l'économie
sexuelle des masses humaines ; l'hygiène du processus de travail est
tributaire de la manière dont les masses humaines utilisent et satisfont
leur énergie biologique. Le travail et la sexualité puisent
à la même source d'énergie biologique. »
L'étroite relation liant travail et sexualité éclaire les
multiples jeux de substitution et de compensation s'exerçant entre les
deux domaines ; en remontant plus loin, on verrait peut-être dans une
relation fusionnelle originaire entre travail et sexualité la source
des principaux accomplissements du travail humain : feu, agriculture, dressage
des animaux, fabrication d'outils, constructions, etc. — ce que suggère,
encore que dans une perspective freudienne un peu courte, Géza Roheim
dans Origine et fonction de la culture.
La liaison travail-sexualité fournit à la démocratie du
travail un critère décisif — le travail transformé de «
devoir pénible » en « satisfaction plaisante d'un besoin
» — et une motivation permanente et puissante : le travail dénaturé
en éreintant et mortel labeur a été et demeure la source
formidablement active des révoltes et des revendications les plus farouches.
Réintroduisant dans l'acte de travail et son essentielle rationalité
et sa pleine dimension libidinale, la démocratie du travail appelle un
certain nombre de propositions et dispositions concrètes, dont nous signalons
les principales : le travail est défini comme l'accomplissement
d'une tâche d'intérêt vital — critère suffisamment
clair si on parvient à le dégager des encombrements culturels
et idéologiques, et qui déborde les distinctions de classes socio-économiques,
de catégories professionnelles, de modalités, manuelles ou intellectuelles,
de production ; le concept de « travailleur » est élargi,
il désigne « tout homme accomplissant un travail d'intérêt
vital » ; toute forme de hiérarchie, toute « autorité
de commandement » selon la rigoureuse expression de Péguy, sont
refusées — seule étant admise 1' « autorité de compétence
», toujours Péguy, compétence indispensable et reconnue
; la démocratie du travail fonctionne selon le principe de l'autorégulation,
elle ne reconnaît donc pas de pouvoir ou de contrainte qui lui soient
extérieurs et étrangers, elle n'admet aucune obligation qui n'ait
été préalablement examinée et décidée
en commun par un groupe organique de travail, en liaison avec d'autres unités
participant, à quelque échelon que ce soit, local ou international,
à un processus rationnellement déterminé de production
; l'organisation ne vise d'aucune façon des records de productivité,
elle répugne profondément à tout stakhanovisme,
elle cherche à assurer la qualité, la valeur hédonique
de l'acte de travail, par la diminution croissante du temps de travail, l'intervention
du travailleur aux différents stades du procès de production,
la variété et la rotation des tâches, l'autonomie du travailleur
dans l'accomplissement de sa tâche spécifique, la multiplicité
et l'intensité des relations sociales, tant dans l'entreprise qu'à
l'extérieur, etc.
Reich insiste avec force sur la liberté et la responsabilité des
masses — liberté et responsabilité dont elles ont certes été
frustrées, qui leur ont été volées par les systèmes
politiques et les idéologies, mais qu'en retour elles ne cherchent guère
à assumer, formées qu'elles sont à les abandonner, à
les déléguer à toutes sortes de représentants,
de chefs, d'appareils, d'organes, d'élites. Une fonction essentielle
de la démocratie du travail est précisément, Reich le souligne,
de « donner à des masses inaptes à la liberté
le pouvoir social leur permettant d'accéder à l'aptitude à
la liberté et d'instaurer la liberté » ; il s'agit,
par cette « lutte quotidienne » qu'est la démocratie du travail
en acte, de « charger la majorité laborieuse de la population,
qui jusqu'ici n'a joué qu'un rôle passif, de la responsabilité
totale de ses destinées futures ». Puisque c'est le travail
quotidien qui fait exister la société et en règle, en profondeur,
l'évolution, toute responsabilité assumée au plan du travail
acquiert d'emblée une dimension historique : la démocratie du
travail entraîne « le transfert de la responsabilité de tous
les événements historiques de minorités et de
petits groupes sociaux à la grande masse de ceux qui assurent par leur
travail la pérennité de la société ».
L'exercice de la démocratie du travail abolit d'emblée et radicalement
toute figure de Chef, sous quelque forme qu'elle apparaisse, depuis
les Führers et Guides Suprêmes jusqu'au moindre des « petits
chefs » dotés d'une ombrelle de pouvoir ; il est « absolument
incompatible avec le système des partis politiques » et doit se
traduire par le dépérissement rapide puis la disparition complète
de l'instance centralisée, totalitaire et répressive par excellence,
l'État. « La suppression de la politique et celle de l'État
qui en découle étaient précisément, rappelle Reich,
le but des fondateurs de la politique socialiste. »
Utopie, comme on l'a souvent jugée, cette vision libertaire
de l'existence sociale de l'homme ?
L'exclusion du Politique, traité comme pôle négatif absolu,
lieu de l'irrationnel, du mysticisme et des pratiques hallucinatoires destinées
à leurrer les masses, n'implique nullement que la démocratie du
travail se limite à des tâches de production et d'organisation
du travail, dans une optique qui serait humaniste, libérale ou réformiste.
Bien au contraire : en excluant le politique comme irrationnel, elle recueille
et approfondit tous les aspects rationnels de l'existence sociale, elle les
enrichit en outre d'une dimension neuve et fondamentale, violemment refoulée
à ce jour : une politique sexuelle — puisque « aucun programme
de libération ne peut réussir si l'homme n'est pas restructuré
sexuellement » ; et elle offre enfin un lieu d'enracinement,
une assise solide et nourricière, sous l'aspect d'une politique de
la vie — aspect à ce jour complètement recouvert par toutes
sortes d' « évidences naturelles », elles-mêmes gonflées
et apprêtées en narcissiques ou éthérées «
philosophies de la vie » — qui inscrit le corps laborieux, le désir
producteur, le champ énergétique individuel, le travail quotidien,
dans de plus larges ensembles, lieux désormais au moins entrouverts
d'une jouissante expansion : la communauté économique, le tissu
social proche, les groupes lointains, la nature, la réalité vivante,
l'énergie universelle.
Perspectives trop aventureuses ou aventurières, pour ceux qui ont peine
à décoller des lieux ponctuels sévèrement cisconscrits
où la Politique traditionnelle bave à se mordre une queue absente
? Signalons alors que la démocratie du travail, déjà pleinement
et concrètement politique par ses fonctions fondamentales de
décision économique et d'organisation de la réalité
sociale à tous les échelons, locaux et internationaux, maintient
une face traditionnelle, « politicienne », quelque chose comme une
« cuirasse politique » visant à la préserver des assauts
ou des pressions de l'irrationalité dans laquelle au départ elle
baigne nécessairement. Ce que Reich relève chez Marx, à
savoir qu'il fut contraint de forger un appareil politique comme « mesure
de détresse » exigée par « l'irrationalisme des hommes
», vaut apparemment pour sa propre conception. Il n'est pas très
explicite là-dessus, mais il fait quelques remarques significatives :
« Une démocratie du travail authentique, écrit-il, ne concédera
pas au domaine mystique et irrationnel les mêmes droits qu'à la
vérité, ne traitera pas sur un pied d'égalité la
répression des enfants et leur libre épanouissement. » Ce
choix politique se traduit par une attitude offensive : la « nature même
» de la démocratie du travail, ajoute Reich, « la pousse,
pour qu'elle puisse fonctionner, à combattre objectivement et avec la
dernière énergie toute tendance idéologique et plus encore
tout parti politique qui lui oppose des obstacles irrationnels ».
Les critères historiques précis du choix, les lieux et les modalités
concrètes du combat, les instruments exacts du contrôle, du jugement,
de la coercition — bref, tout l'appareillage politique qu'appelle,
au moins dans un premier temps, l'exercice de la démocratie du travail,
Reich n'en parle pas : sans doute estime-t-il que cela ne relève pas
de sa compétence, c'est-à-dire ni de son « autorité
» ni de sa « science » — la pratique elle-même devant
décider, en temps et lieux voulus, des formes d'action et d'intervention.
Son travail à lui, Reich, était d'analyser une fonction vitale,
le travail, et de constituer le champ de son plein et heureux accomplissement
: la démocratie du travail. Et il lui fallait, avant tout, briser le
face-à-face fasciné fascisant entre les Masses et les Représentants,
casser le lien morbide, mystique, irrationnel, étrangleur, les unissant
en la hagarde complicité où s'hallucinent, vacillant sans cesse
entre masses et maîtres, la liberté, la responsabilité,
la jouissance.
En glorieuse compagnie, aux côtés de Fourier, de l'anarcho-syndicalisme
de Pelloutier avec son ample vision des Bourses du Travail, de l'anarchisme
de Péguy avec son expérience « communiste » des Cahiers
de la Quinzaine, d'Anton Pannekoek
théoricien des conseils ouvriers — la démocratie naturelle du
travail de Reich vient aujourd'hui stimuler le renouveau libertaire de la pensée
politique. Pour redorer un blason terni par tant de dogmes et de mythes, organisations
politiques et syndicales multiplient les appels à l'autogestion,
proclament la nécessité de « changer la vie » ; la
« spontanéité », c'est-à-dire l'auto-réflexion
des masses, dédaignant partis politiques et appareils syndicaux, éclate
en actions multiformes, fleurit en comités d'action, en conseils d'usine,
en mouvements de femmes ou de jeunes... Exemplaire demeure Lip, dans ses innovations
et ses hardiesses mais plus encore dans ses limites, ses impasses et ses résignations
qui témoignent que le désir de liberté, de responsabilité,
d'autonomie et de jouissance des masses, c'est encore au tranchant d'un Reich
qu'il gagnerait à s'aiguiser.
Reich, La psychologie de masse du fascisme, ch. IX, La masse et l'État ; ch. X, Les fonctions biosociales du travail ; ch. XI, Donner de la responsabilité au travail d'importance vitale ; ch. XIII, La démocratie naturelle du travail. LIP, Charles Piaget et les Lip racontent. Stock, 1973. Piaget, Maire et Militants C.F.D.T., Lip 73, Seuil, 1973, J. Viard, Les œuvres posthumes de Charles Péguy, Cahiers de l'Amitié Charles Péguy, 1969. S. Bricianer, Pannekoek et les conseils ouvriers, E.D.I., 1969.
Ceux qui lancent les premières pierres, et ceux qui lancent les rumeurs meurtrières, et ceux qui lancent la police et les juges et les chiens et la foule et les psychiatres aux trousses du chapardeur, du vagabond, du Juif, du Noir, de l'immigré et du marginal, et ceux qui lancent à grands cris mystiques leurs furieuses « vérités » religieuses, politiques, scientifiques, et tous ceux innombrables qui s'élancent en chœur — d'église, de parti ou de secte — derrière les führers, s'agglutinant et faisant foule pour savourer la calomnie, colporter la rumeur, gonfler les brigades d'acclamations, nourrir les bûchers, courir au lynchage, et assurer avec cœur la bonne administration des asiles, des prisons et des camps, et la masse immense et prétendue silencieuse qui jouit de toujours lancer les dernières pierres — voilà quelques-unes des figures de la pestilence caractérielle-sociale que Reich décrit longuement sous l'appellation de « peste émotionnelle ».
Trois couches superposées composent schématiquement la structure
humaine : à la surface, une couche superficielle, reflétant
les impératifs sociaux et moraux, constituée par les gestes stéréotypés
et conformes de la vie et de l'urbanité quotidiennes, par des comportements
conscients, contrôlés, adaptés, polis, corrects ou autres
imposés par des rôles sociaux déterminés,
couche que nous pouvons nommer tertiaire, parce qu'elle est la plus
tardive, qu'elle apparaît comme le produit artificiel et fragile
de la machinerie culturelle, et qu'elle est là surtout pour les autres,
pour les Tiers ; sous la pellicule sociale se tient une couche que
nous pouvons appeler secondaire parce que Reich y rassemble toutes
les pulsions dites « secondaires » — les tendances destructrices,
sadiques, masochiques, toutes les émotions, désirs et sentiments
qui se sont transformés, sous l'effet de la frustration, en
ressentiments, jalousie, envie, haine, rage, tous éléments
qui composent par prédilection la cuirasse caractérielle, et que
les exigences sociales, les valeurs culturelles et morales et les interdits
religieux et politiques nous contraignent de refouler, de refréner, de
camoufler ; pour que le ressentiment explose, et que la haine et la rage se
déchaînent, on sait qu'il suffit de quelques circonstances un peu
inhabituelles, ou de gratter un peu... En profondeur existe une couche primaire,
c'est-à-dire à la fois première et primordiale, c'est le
noyau vital, bio-énergétique, où viennent prendre naissance
la spontanéité, la sexualité, la rationalité, la
joie de vivre.
Le noyau vital, profondément enfoui sous le double refoulement exercé
par la surface sociale et par les pulsions secondaires, constitue l'objet
même, scientifique, aux articulations multiples, de l'économie
sexuelle, tout en figurant, dans le même temps, en un mouvement caractéristique
d'intrication de la théorie et de la pratique, son projet, politique
: faire advenir l'activité spontanée, la puissance orgastique,
la connaissance rationnelle, la joie de vivre. Et c'est la massive couche moyenne,
à peine recouverte par un vernis social craquelé sans cesse et
pesant de son énorme poids sur les racines vivantes, qui forme le «
tuf » de la peste émotionnelle et qui occupe, avec sa redoutable
batterie de pulsions secondaires, l'essentiel de la structure humaine. Économie
sexuelle contre peste émotionnelle, tel est le schéma stratégique
de la pensée reichienne.
Stase sexuelle, impuissance orgastique, frustration génitale forment
la base de la structure pestiférée, qu'elle partage en commun
avec toutes les formations caractérielles névrotiques ; sous cet
angle, « la peste émotionnelle est une biopathie chronique
de l'organisme ». Mais elle présente des traits qui lui sont
propres, et qui la rendent redoutable : alors que le névrosé a
tendance à se résigner, à subir en son for intérieur
les frustrations et l'angoisse, et semble se satisfaire de l' «équilibre
névrotique » qu'il est parvenu à réaliser, le caractère
pestiféré ne supporte ni les frustrations ni l'angoisse, il ne
tolère pas d'être enfermé dans sa cuirasse caractérielle
névrotique, il veut en sortir, il vise au-dehors, et
se répand comme il peut dans le champ social — orientation typique que
souligne Reich :
« Le trait distinctif de la peste émotionnelle réside...
dans le fait que la maladie se manifeste dans une attitude humaine qui, en raison
de sa structure caractérielle biopathique, se reflète dans les
relations interpersonnelles, dans les rapports sociaux, et
qui prend une forme organisée dans certaines institutions.
» (Je souligne.)
L'expansion dans le champ social et l'activisme — religieux, politique ou autre
— farouche du pestiféré sont une tentative, vouée en dernier
ressort à l'échec, pour fuir, déplacer, ou projeter sur
des figures et des événements historiques ce qui semble être
sa contradiction crispante et irréductible : « contradiction
entre son intense désir de vie et son incapacité foncière
à bien remplir cette vie. » Le pestiféré apparaît,
de part en part, comme un être de contradiction, à tous les niveaux,
depuis le vécu émotionnel jusqu'à la théorisation
politico-sociale ; et la peste émotionnelle peut être considérée,
de ce point de vue, comme une sorte de névrose collective de la contradiction.
Cette contradiction se manifeste avec une particulière virulence et une
nocivité spectaculaire dans le domaine sexuel : sur la base inébranlée
de la frustration, le pestiféré développe une attitude
double : d'un côté attachement, réel ou feint, à
une morale anti-sexuelle rigide, répressive, sadique (frapper, châtrer,
tondre les cheveux, « couper les couilles », dénuder publiquement,
poursuivre en justice, etc.) — ce qui établit la solide alliance de la
peste émotionnelle et de la tradition ; et de l'autre, une sorte de lascivité
sexuelle, de pornographie sournoise, vulgaire ou élégante, une
confuse transgression par la bande des tabous affichés — en quoi le pestiféré
se fait l'écho, déformé et déformant, des désirs
obscurs et maladroits de libération sexuelle, qu'il perçoit mieux
que tout autre. Ces trois facteurs conjugués — frustration, répression,
lascivité — nourrissent la haine tenace et insatiable que le pestiféré
ressent à l'égard des expressions et revendications authentiques,
authentiquement révolutionnaires, de la puissance orgastique. La «
bête noire » du pestiféré, souligne Reich, «
est la sexualité naturelle des enfants et des adolescents ».
Combien concrète et terriblement actuelle est l'analyse de Reich, on
s'en convaincra immédiatement en rapprochant ces quelques lignes (dont
je souligne les indications les plus suggestives) :
« les pestiférés s'agglutinent en cercles sociaux
dont l'influence se manifeste surtout par une opinion publique d'intolérance
à l'égard de tout ce qui est amour naturel. On les connaît
et on les redoute : leur vindicte frappe toute manifestation amoureuse
sous de fallacieux prétextes « culturels » ou «
moraux ». Ils ont en outre réussi à mettre au point un système
élaboré de diffamation et de délation »
(ces derniers termes soulignés par Reich), « ces gens qui jugent
en secret la sexualité saine de leurs semblables ont beaucoup
de vies humaines sur la conscience ».
de la toute récente affaire Gabrielle Russier, schématiquement
résumée en suivant les articulations reichiennes : vie humaine,
c'est la mort de Gabrielle Russier emprisonnée puis suicidée ;
vindicte, c'est un juge vindicatif qui ordonne son incarcération
et la harcèle — pour arracher quel secret ; amour naturel
et sexualité saine : ce sont les rapports amoureux entre G. Russier,
enseignante, et un de ses élèves, un adolescent ; prétexte
moral : un code implicite de déontologie pédagogique interdit
de tels rapports ! ; prétexte culturel : « une femme de
son âge, qui pourrait être sa mère ! » ; vindicte,
encore : les parents du garçon ne tolèrent pas une pareille liaison
; cercles sociaux : ils sont membres du parti communiste et d'un Syndicat
national d'enseignants, et ces deux institutions les soutiennent ; une opinion
publique d'intolérance les soutient dans l'action en justice qu'ils
entreprennent contre G. Russier — leur collègue ; et diffamation
: contre Russier, toutes sortes de rumeurs sur sa vie privée et son activité
politique sont lancées...
Outre ce fort clivage sexuel entre lascivité et pudibonderie, le pestiféré
manifeste un non moins vif décalage entre ses buts avoués et ses
buts réels ; il est, peut-on dire, l'homme du mensonge structurel
; « chez lui, écrit Reich, le motif de son action est toujours
simulé ; le vrai motif n'est jamais celui qu'il indique »
; dans la perspective de la peste émotionnelle, où la régnante
cuirasse tourne tout en torsions et contorsions, tout est décalé,
déplacé, déformé ; on peut donc définir la
peste émotionnelle « comme la somme de toutes les fonctions
vitales irrationnelles de l'animal humain ».
L'irrationnel est le milieu d'élection de la peste émotionnelle
; elle y baigne et y batifole et y triomphe ; aussi, au moins autant que les
expressions de la puissance orgastique, hait-elle les expressions de la rationalité,
la recherche de la « véracité » et de «
l'objectivité » ; elle tient plus que tout en horreur
ce qui peut démasquer ses structures profondes, caractérielles
ou sociales ; ainsi s'explique la fureur que suscite chez les pestiférés
toute conception qui parvient à éclairer et à démonter
certains aspects essentiels de la réalité. Qu'on fasse le bilan
des fureurs suscitées par le marxisme, qui met à nu les mécanismes
socio-économiques de l'exploitation, c'est-à-dire concrètement
de la frustration et de la répression des masses ; des rages provoquées
par la psychanalyse, qui met à nu les mécanismes psychologiques
du refoulement, de la sexualité, et de la répression interne ;
et des hargnes inapaisées soulevées par l'économie sexuelle
de Reich, qui met à nu les liaisons structurales de cette double série
de mécanismes !
La vérité, la vérité sans réserve
envers et contre tout, est l'arme privilégiée, indispensable,
comme l'ont toujours affirmé les penseurs révolutionnaires, et
elle est elle-même le critère irrécusable de toute attitude
et de toute approche révolutionnaires. « Aucun mouvement de libération,
affirme Reich, ne s'imposera jamais s'il ne combat énergiquement avec
les armes de la vérité la peste émotionnelle organisée.
»
Nul n'est exempt totalement ou durablement de peste émotionnelle ; elle
est inscrite dans nos structures ; on peut tenter de la neutraliser, de lutter
contre elle, on ne peut, par définition structurale, l'extirper complètement
ni définitivement ; aussi, dit Reich, « personne n'a le droit de
se sentir offensé parce que son médecin diagnostique « une
crise aiguë de peste émotionnelle ». Et même un orgonthérapeute,
cas exemplaire, formé à débusquer et à lutter contre
le fléau, peut en être la victime de manière épisodique,
le plus souvent en liaison avec des « troubles de sa vie amoureuse »
; il dit alors, très simplement : « Aujourd'hui, je ne suis bon
à rien. Je suis en proie à la peste émotionnelle. »
Recommandations de Reich : isolement temporaire, conseils amicaux, raisonnements
clairs, et dans les cas extrêmes, orgonthérapie.
Autrement plus graves et plus meurtrières sont les atteintes sociales
et institutionnelles de la peste émotionnelle ; la contagion s'empare
de tout un peuple, de tout un pays, voire de toute une civilisation, et cela
donne cette massive infection que fut l'impérialisme occidental ethnocidaire,
ou ce paroxysme exterminateur que fut le nazisme. Sans aller jusqu'à
ces formes spectaculaires qui en sont la révélation éclatante
et catastrophique, la peste émotionnelle sévit à l'état
endémique dans tous les secteurs importants de notre existence ; on peut
citer, avec Reich : « le mysticisme dans ce qu'il y a de plus
destructif ; les efforts passifs ou actifs tendant vers l'autoritarisme
; le moralisme ; la politique partisane ; les systèmes
d'éducation sadiques ; la bureaucratie autoritaire
; l'idéologie belliciste et impérialiste ; le gangstérisme
et les activités antisociales criminelles ; la pornographie, l'usure,
la haine raciale. » On notera encore parmi les secteurs cités par
Reich ce qu'il appelle la « familitis », la famille renfermée,
renfrognée sur elle-même, dans un narcissisme hargneux et cupide
; « la délation et la diffamation » désignent, entre
autres, les campagnes de calomnies qui, bénéficiant aujourd'hui
du vaste support des moyens de communication de masse, représentent une
puissance considérable et un des lieux privilégiés d'exercice
de la peste émotionnelle — où elle doit être, plus que partout
ailleurs, combattue ; campagnes de calomnies lancées contre un individu,
un groupe, une collectivité entière — contre les jeunes, les Arabes,
les Juifs, les immigrés, les gauchistes, les féministes, les intellectuels,
les marginaux ; campagnes qui poussèrent, par exemple, un Roger Salengro
au suicide ; campagnes déclenchées aujourd'hui à l'échelle
internationale contre un Soljénitsyne et exhibant contre lui les ragots
les plus invraisemblables (fils de bourgeois, traître militaire, d'origine
juive, arriviste, apologiste du nazisme, mystique chrétien, écrivain
cupide recherchant les poignées de dollars, écrivain ambitieux
recherchant le prestige, vie familiale désordonnée, etc.) ; et
campagnes caricaturalement exemplaires contre Reich lui-même, qui réussirent
si bien à cristalliser contre lui tous les ferments de peste émotionnelle
qu'il fut jeté en prison, pour y mourir...
La rumeur, on le voit bien ici, n'est pas un élément anecdotique,
une passagère jaculation ; elle est bien éjaculation
de quelque chose de fondamental, expression d'un trait caractéristique
et véritablement universel de la peste émotionnelle : ô
subtile jouissance à écouter et colporter l'incessante rumeur
! Personne n'y échappe, et une toile immense est ainsi tendue sur tout
le champ social, faite de mensonges, ragots, on-dit, références,
citations — pédantes ou vulgaires, savantes ou populaires, journalistiques
ou universitaires. Malheur alors à celui sur qui le «
scandale » arrive !
Tellement vaste, tellement incarnée, tellement prise dans le vécu quotidien — la peste émotionnelle ne peut manquer, dans le texte reichien, de précipiter — et de se précipiter sur le lecteur — en figures pittoresques et immédiatement éloquentes ; c'est ainsi que Reich produit le « meurtre du christ », de toute évidence le plus parlant des meurtres dans notre culture, comme l'Acte exemplaire accompli par la peste émotionnelle, et qui renforce par là même l'interprétation du christ comme incarnation de la puissance orgastique et de la plénitude génitale haïes du pestiféré ; et il produit ce blason verbal qu'est MODJU, qui réunit deux incarnations ou manifestations exemplaires aussi de la peste émotionnelle : à un pôle, le pôle masse, se tient Mocenigo, l'obscur et « anonyme » Vénitien de la Renaissance qui, par désir frustré de savoir, aspiration tordue au bonheur, jalousie, délation et diffamation, pousse Giordano Bruno dans les mains de l'Inquisition, vers la prison, la torture et le bûcher ; et à l'autre pôle, pôle héroïque cher à l'historien, s'érige Djugashvili-Staline, même structure caractérielle pestiférée triomphant à l'échelle d'un Continent, d'un Système, d'une Histoire, d'une Civilisation. Reich détache le terme de ses matériaux historiques originaires, et en fait l'appellation percutante, quasi mythique, de la peste émotionnelle ordinaire, quotidienne : « ' Modju ', écrit-il dans Le meurtre du christ, c'est le nom de millions de petits démolisseurs de l'espérance humaine, de millions de fourmis rongeant les fondements de la société ; le « pauvre petit bonhomme » est si insigniliant que personne n'a encore jugé nécessaire de le regarder et de mettre un terme à ses activités souterraines pernicieuses ».
Le mythe — christ et Modju — n'entraîne-t-il pas Reich un peu trop loin
? D'instrument analytique explorant des structures, des situations, des événements,
des réalités concrètes, le concept de peste émotionnelle
semble parfois se ramasser, se nouer en lui-même, acquérir l'opacité
d'une force cachée, démoniaque, rassemblant les figures
diverses de l'adversité, de l'hostilité et du négatif dont
Reich eut à souffrir et qu'il voit maintenant — vers 1953 — peser sur
lui comme une conspiration. Dans ce même terme de Modju où il enferme
la peste émotionnelle, Reich semble enfermer son propre ressentiment
; la force du mot le porte, l'emporte — loin de l'objectif analytique : «
Nous aimerions introduire, écrit-il dans un texte intitulé «
Modju dans le journalisme », l'expression « Ceux-qu'on-voit-pas
» pour désigner les Modjus de toutes les nations, dénominations
et abominations qui effectuent leur œuvre de sape dans la vie humaine et dans
le travail... Modju croit qu'on ne le voit pas, puisqu'il se conduit comme un
de « Ceux-qu'on-voit-pas » — mais nous les voyons... »
« Dérive » limitée ; quelques années auparavant,
Reich avait pris soin de consolider ses assises en s'adressant directement à
l'insignifiant « pauvre petit bonhomme », homme de tous les jours,
porteur fraternel de la peste émotionnelle ; avec lui, dans Écoute,
petit homme, la peste émotionnelle reste bien enracinée dans
la terre ferme de la vie quotidienne.
Reich, L'analyse caractérielle, ch. XVI, La
peste émotionnelle. Reich parle de Freud, 2e Partie, Documents
complémentaires, 2) La peste émotionnelle, Les psychanalystes
; La vérité contre Modju. Le meurtre du christ, Appendice
: L'arme de la vérité. La psychologie de masse du fascisme.
Boadella, op. cit., ch. XI, Conspiracy.
Cf. Soljénitsyne, Lettre aux dirigeants de l'Union soviétique,
Seuil 1974.
Sur l'affaire Russier : Gabrielle Russier, Lettres de prison, précédé
de Pour Gabrielle, de Raymond Jean, Seuil, 1970. Michel del Castillo,
Les écrous de la haine, nous avons tué Gabrielle Russier,
Julliard, 1970 (ouvage saisi). Le film d'André Cayatte, Mourir d'aimer,
avec Annie Girardot.
© Payot.
Lire aussi deux autres extraits : Education sexuelle et Nouveaux-nés. Ainsi que la préface de la réédition : Qui a peur de Wilhelm Reich ?