Deux extraits de Cent fleurs pour Wilhelm Reich de Roger Dadoun

(Payot, Paris, 1975. Les numéros de pages se réfèrent à l'édition Payot & Rivages, 1999)

§18 DÉMOCRATIE DU TRAVAIL (pages 156-165)

En 1973, douze cents travailleurs de l'horlogerie Lip de Besançon commencent à mettre en application les principes d'autogestion économique et sociale formulés en 1937 par Reich sous le nom de démocratie du travail.
Ils sont conscients de l'originalité et de la hardiesse de leur action, ils perçoivent avec lucidité les implications croissantes d'une contestation vraiment radicale — ils ne savent pas qu'ils vont allègrement à la rencontre de Reich.

En refusant le démantèlement de leur entreprise et les licenciements, en occupant l'usine et en assumant eux-mêmes l'organisation de la production selon le principe : « on fabrique, on vend, on se paie », les Lip, comme on les appelle, s'affirment en franche opposition à tous les pouvoirs établis et organisations officielles, par une série de refus majeurs et convergents, extrêmement significatifs : refus de la légalité bourgeoise qui, prise à son propre piège et tournée en dérision, avoue sa foncière servilité à l'égard des bénéficiaires de l'exploitation économique ; refus des prétendues « nécessités » du système, lequel se révèle, documents chiffrés à l'appui, n'être que gros pillage et gaspillage des patrons et des hommes à leur solde ; refus de prétendues « mesures » prises à la hâte par l'État et le patronat étalant, sur le mode du grotesque ou de la panique, une frivolité et une irresponsabilité flagrantes ; refus de toute exploitation par les partis politiques d'opposition (communiste, socialiste, notamment), qui cachent mal la crainte phobique devant un mouvement qui, ignorant purement et simplement leurs prétentions à être le savoir et la direction des masses laborieuses, débusque leur fonction parasitaire ; refus de toute « représentation » par les appareils syndicaux agissant obstinément, surtout pour le plus important d'entre eux, comme facteur primordial d'intégration au système d'exploitation.
L'ébauche d'une pratique autogestionnaire, même aussi circonscrite, conduit à des bouleversements de plus en plus profonds ; les rapports de travail se transforment : « pendant la lutte, tout a changé : plus de division entre le personnel des bureaux et celui des machines, plus de travail abrutissant, plus de chefs... » (Femmes de Lip, Libération du 13-12-1973) ; d'autres aspects, généralement camouflés ou refoulés, de l'expérience quotidienne, du vécu émotionnel, entrent en jeu, et provoquent des effets contradictoires ; un essai d'égalisation économique — « paie égale pour tous » — échoue, et Raguenès cerne clairement les motivations caractérielles à l'origine d'un tel échec : « derrière le salaire, il y a la hiérarchie, et derrière la hiérarchie une image conventionnelle du monde, des rapports sociaux entre les hommes. » Les assemblées générales, où est censé advenir et se déployer le discours multiforme et libre de la démocratie du travail, restent soumises aux pressions émotionnelles de ceux qui engagent dans le processus surtout leurs frustrations et leur irrationalité — c'est le « petit noyau » dont parle Charles Piaget et qui, rivé par « une présence constante » aux lieux où l'expérience se parle, semble vampiriser l'énergie qui s'y libère.
D'autant plus précieux et éclairants apparaissent, en regard, les développements souvent inattendus de l'affaire Lip. La religiosité, dans sa dimension mystique, au sens reichien du terme, c'est-à-dire comme irrationnel et stéréotype, est atteinte, si l'on en croit Vittot : « Je suis chrétien de plus en plus et je pratique de moins en moins... Je ne peux plus concevoir de prier à l'église côte à côte avec un patron qui tout au long de la semaine fait ramper, fait crever les gars. » Le corps lui-même enregistre des bénéfices qui semblent relever de la végétothérapie : troubles psychiques et maladies sont, affirment les Lip, en nette régression. Les relations entre l'homme et la femme, entre l'adulte et l'enfant, la fonction répressive de l'éducation, les problèmes de la haine, de l'amour, de la différence, de la discrimination, etc. — tous aspects qui ressortissent chez Reich à l'économie sexuelle — sortent de l'ombre, se dégagent des tabous et des prohibitions, traversent hontes, retenues et fausses pudeurs, et deviennent objet de discussion, centres d'intérêt, source de réévaluations parfois radicales. Dissipées ou ébranlées, ne fût-ce qu'un temps, les contraintes externes et les résistances intérieures — émerge alors quelque chose comme un sens érotique du travail, des relations sociales, de la réalité, que Ludmilla Kita, saisissant l'événement en brèves et fulgurantes formules, expose avec bonheur : « C'est une fête qui est empreinte d'une certaine gravité... La danse c'était ça, autrefois. »

Installé à Oslo depuis 1934, Reich y poursuit ses expériences sur la bio-électricité du corps humain, envisagé surtout dans ses émotions fondamentales : le plaisir, l'angoisse, la peur ; il s'est en outre engagé dans une recherche sur les corpuscules vivants élémentaires, qui aboutit à sa théorie des bions et à des vues nouvelles sur l'origine de la vie ; et dans le même temps, il continue de s'interroger passionnément sur l'existence politique de l'homme, sur la fonction du travail, sur la nature de la société et de l'État. Que ces trois recherches se développent concurremment n'est pas sans signification — leur articulation fait l'originalité unique de la théorie reichienne de la démocratie du travail.
L'impuissance des partis sociaux-démocrates et communistes à barrer la route au fascisme et au nazisme ; l'accentuation de plus en plus meurtrière de la dictature et de la répression en Union soviétique ; les formes nouvelles de luttes et d'organisation inventées par la toute jeune révolution espagnole, où le front commun des anarchistes, anarcho-syndicalistes et marxistes révolutionnaires est salué par Reich comme « le principe de la liberté personnelle et de l'autogestion sociale allié au principe de la direction organisée du combat révolutionnaire » — l'analyse de ces événements contemporains que Reich développe dans son article Questions du second front (1937) accompagne une réflexion sur sa propre pratique de travailleur intellectuel, de savant, associé à d'autres chercheurs et à divers collaborateurs dans une tâche commune ; cette réflexion refuse de se couper de ses sources marxistes, puisque Reich, rééditant en 1937 La lutte sexuelle des jeunes et demandant de lire « révolutionnaire » là où il avait écrit « communiste », précise que « le livre s'en tient aux principes fondamentaux de la Ligue des communistes fondée par Marx, tels qu'ils sont consignés dans le Manifeste communiste » — mais réflexion qui tente de s'élargir aux dimensions des recherches biologiques et sexuelles menées au même moment par Reich, en vue d'éclairer les fonctions vitales primordiales du travail et de la société. Tous ces facteurs interviennent dans l'élaboration des thèses de la démocratie du travail, que Reich expose dans un article ronéotypé de Politisch-psychologische Schriftenreihe de 1937 intitulé L'organisation naturelle du travail dans la démocratie du travail, signé, sans autre précision, « un travailleur de laboratoire » ; Reich poursuit aux États-Unis sa réflexion politique, en publiant dans la même revue, en 1941, un article intitulé Nouveaux problèmes de la démocratie du travail. L'essentiel de ces textes, complétés par des études écrites en 1943, constitue la dernière partie, substantielle, de La psychologie de masse du fascisme. Dans la préface qu'il rédige en 1942 pour l'édition anglaise de l'ouvrage, Reich — après avoir quelque trente années à l'avance indiqué ce qui paraît être la caractéristique dominante des mouvements populaires actuels, à savoir que « ce ne sont plus, de nos jours, les partis communistes ou socialistes, mais par opposition à eux, de nombreux groupements apolitiques et des couches sociales de toutes les nuances politiques, qui préconisent de plus en plus la révolution, c'est-à-dire la mise en place d'un ordre social nouveau et rationnel » — désigne l'objectif politique majeur de la démocratie du travail en affirmant qu'elle peut être « considérée comme l'antidote contre le fascisme ».

La démocratie du travail n'est pas un programme politique dont on proclamerait la proche ou lointaine réalisation ; elle n'est pas une idéologie nouvelle dont il faudrait instruire les masses — elle est, souligne Reich, « un fait », « un état de fait », « la démocratie naturelle du travail existe et fonctionne sans arrêt », tout simplement parce que c'est une fonction vitale, « une fonction fondamentale bio-sociologique de la société ». Cette définition commande les deux principaux versants de l'analyse reichienne : côté positif, la démocratie du travail relève de la nécessité biologique, de la rationalité, du plaisir, de l'activité libidinale ; mais par ailleurs, la fonction naturelle du travail qu'elle représente a été recouverte, refoulée, pervertie, dénaturée par la violence répressive et irrationnelle de divers systèmes économiques, politiques, idéologiques — systèmes que la démocratie du travail, par son seul fonctionnement, devra faire dépérir et disparaître.
« Le travail est rationnel et a des effets rationnels en soi et par soi. » C'est là une des propositions centrales de la théorie reichienne. Agissant en vue de la satisfaction de ses besoins vitaux, de son adaptation, de sa survie, l'homme établit nécessairement, dans l'acte primordial de travail, des rapports rationnels avec la nature et, dans ces limites naturelles au moins, avec autrui — nécessairement, car comment aurait-il survécu avec des rapports faussés, irrationnels, hallucinatoires, mystiques ? Ces derniers ont pu se constituer, parallèlement ou ultérieurement, sur une base rationnelle originelle, qu'ils ont exploitée, travestie, camouflée, sans pour autant, et pour cause, l'éliminer. Parce qu'elle renoue avec cette essence rationnelle du travail, avec cette rationalité en acte, pratique, concrète, matérielle, la démocratie du travail est assurée de promouvoir, par-delà les limitations individuelles ou locales, des formes harmonieuses et fécondes d'organisation, et de rencontrer, à un certain point de son développement, un assentiment universel, international.
A l'instar des autres activités vitales, et notamment de l'activité sexuelle, le travail est lié, dans son fonctionnement naturel, à une émotion fondamentale de plaisir, il implique une forte demande et une forte satisfaction libidinales. Voici une autre proposition centrale de Reich : « Nous disons que le rapport de l'homme à son travail, si ce dernier lui fait plaisir, est un rapport « libidinal » : comme il y a relation étroite entre le travail et la sexualité (au sens le plus large du terme), le problème du rapport de l'homme avec son travail est en même temps un problème relevant de l'économie sexuelle des masses humaines ; l'hygiène du processus de travail est tributaire de la manière dont les masses humaines utilisent et satisfont leur énergie biologique. Le travail et la sexualité puisent à la même source d'énergie biologique. »
L'étroite relation liant travail et sexualité éclaire les multiples jeux de substitution et de compensation s'exerçant entre les deux domaines ; en remontant plus loin, on verrait peut-être dans une relation fusionnelle originaire entre travail et sexualité la source des principaux accomplissements du travail humain : feu, agriculture, dressage des animaux, fabrication d'outils, constructions, etc. — ce que suggère, encore que dans une perspective freudienne un peu courte, Géza Roheim dans Origine et fonction de la culture.
La liaison travail-sexualité fournit à la démocratie du travail un critère décisif — le travail transformé de « devoir pénible » en « satisfaction plaisante d'un besoin » — et une motivation permanente et puissante : le travail dénaturé en éreintant et mortel labeur a été et demeure la source formidablement active des révoltes et des revendications les plus farouches.
Réintroduisant dans l'acte de travail et son essentielle rationalité et sa pleine dimension libidinale, la démocratie du travail appelle un certain nombre de propositions et dispositions concrètes, dont nous signalons les principales : le travail est défini comme l'accomplissement d'une tâche d'intérêt vital — critère suffisamment clair si on parvient à le dégager des encombrements culturels et idéologiques, et qui déborde les distinctions de classes socio-économiques, de catégories professionnelles, de modalités, manuelles ou intellectuelles, de production ; le concept de « travailleur » est élargi, il désigne « tout homme accomplissant un travail d'intérêt vital » ; toute forme de hiérarchie, toute « autorité de commandement » selon la rigoureuse expression de Péguy, sont refusées — seule étant admise 1' « autorité de compétence », toujours Péguy, compétence indispensable et reconnue ; la démocratie du travail fonctionne selon le principe de l'autorégulation, elle ne reconnaît donc pas de pouvoir ou de contrainte qui lui soient extérieurs et étrangers, elle n'admet aucune obligation qui n'ait été préalablement examinée et décidée en commun par un groupe organique de travail, en liaison avec d'autres unités participant, à quelque échelon que ce soit, local ou international, à un processus rationnellement déterminé de production ; l'organisation ne vise d'aucune façon des records de productivité, elle répugne profondément à tout stakhanovisme, elle cherche à assurer la qualité, la valeur hédonique de l'acte de travail, par la diminution croissante du temps de travail, l'intervention du travailleur aux différents stades du procès de production, la variété et la rotation des tâches, l'autonomie du travailleur dans l'accomplissement de sa tâche spécifique, la multiplicité et l'intensité des relations sociales, tant dans l'entreprise qu'à l'extérieur, etc.
Reich insiste avec force sur la liberté et la responsabilité des masses — liberté et responsabilité dont elles ont certes été frustrées, qui leur ont été volées par les systèmes politiques et les idéologies, mais qu'en retour elles ne cherchent guère à assumer, formées qu'elles sont à les abandonner, à les déléguer à toutes sortes de représentants, de chefs, d'appareils, d'organes, d'élites. Une fonction essentielle de la démocratie du travail est précisément, Reich le souligne, de « donner à des masses inaptes à la liberté le pouvoir social leur permettant d'accéder à l'aptitude à la liberté et d'instaurer la liberté » ; il s'agit, par cette « lutte quotidienne » qu'est la démocratie du travail en acte, de « charger la majorité laborieuse de la population, qui jusqu'ici n'a joué qu'un rôle passif, de la responsabilité totale de ses destinées futures ». Puisque c'est le travail quotidien qui fait exister la société et en règle, en profondeur, l'évolution, toute responsabilité assumée au plan du travail acquiert d'emblée une dimension historique : la démocratie du travail entraîne « le transfert de la responsabilité de tous les événements historiques de minorités et de petits groupes sociaux à la grande masse de ceux qui assurent par leur travail la pérennité de la société ».
L'exercice de la démocratie du travail abolit d'emblée et radicalement toute figure de Chef, sous quelque forme qu'elle apparaisse, depuis les Führers et Guides Suprêmes jusqu'au moindre des « petits chefs » dotés d'une ombrelle de pouvoir ; il est « absolument incompatible avec le système des partis politiques » et doit se traduire par le dépérissement rapide puis la disparition complète de l'instance centralisée, totalitaire et répressive par excellence, l'État. « La suppression de la politique et celle de l'État qui en découle étaient précisément, rappelle Reich, le but des fondateurs de la politique socialiste. »

Utopie, comme on l'a souvent jugée, cette vision libertaire de l'existence sociale de l'homme ?
L'exclusion du Politique, traité comme pôle négatif absolu, lieu de l'irrationnel, du mysticisme et des pratiques hallucinatoires destinées à leurrer les masses, n'implique nullement que la démocratie du travail se limite à des tâches de production et d'organisation du travail, dans une optique qui serait humaniste, libérale ou réformiste. Bien au contraire : en excluant le politique comme irrationnel, elle recueille et approfondit tous les aspects rationnels de l'existence sociale, elle les enrichit en outre d'une dimension neuve et fondamentale, violemment refoulée à ce jour : une politique sexuelle — puisque « aucun programme de libération ne peut réussir si l'homme n'est pas restructuré sexuellement » ; et elle offre enfin un lieu d'enracinement, une assise solide et nourricière, sous l'aspect d'une politique de la vie — aspect à ce jour complètement recouvert par toutes sortes d' « évidences naturelles », elles-mêmes gonflées et apprêtées en narcissiques ou éthérées « philosophies de la vie » — qui inscrit le corps laborieux, le désir producteur, le champ énergétique individuel, le travail quotidien, dans de plus larges ensembles, lieux désormais au moins entrouverts d'une jouissante expansion : la communauté économique, le tissu social proche, les groupes lointains, la nature, la réalité vivante, l'énergie universelle.
Perspectives trop aventureuses ou aventurières, pour ceux qui ont peine à décoller des lieux ponctuels sévèrement cisconscrits où la Politique traditionnelle bave à se mordre une queue absente ? Signalons alors que la démocratie du travail, déjà pleinement et concrètement politique par ses fonctions fondamentales de décision économique et d'organisation de la réalité sociale à tous les échelons, locaux et internationaux, maintient une face traditionnelle, « politicienne », quelque chose comme une « cuirasse politique » visant à la préserver des assauts ou des pressions de l'irrationalité dans laquelle au départ elle baigne nécessairement. Ce que Reich relève chez Marx, à savoir qu'il fut contraint de forger un appareil politique comme « mesure de détresse » exigée par « l'irrationalisme des hommes », vaut apparemment pour sa propre conception. Il n'est pas très explicite là-dessus, mais il fait quelques remarques significatives : « Une démocratie du travail authentique, écrit-il, ne concédera pas au domaine mystique et irrationnel les mêmes droits qu'à la vérité, ne traitera pas sur un pied d'égalité la répression des enfants et leur libre épanouissement. » Ce choix politique se traduit par une attitude offensive : la « nature même » de la démocratie du travail, ajoute Reich, « la pousse, pour qu'elle puisse fonctionner, à combattre objectivement et avec la dernière énergie toute tendance idéologique et plus encore tout parti politique qui lui oppose des obstacles irrationnels ».
Les critères historiques précis du choix, les lieux et les modalités concrètes du combat, les instruments exacts du contrôle, du jugement, de la coercition — bref, tout l'appareillage politique qu'appelle, au moins dans un premier temps, l'exercice de la démocratie du travail, Reich n'en parle pas : sans doute estime-t-il que cela ne relève pas de sa compétence, c'est-à-dire ni de son « autorité » ni de sa « science » — la pratique elle-même devant décider, en temps et lieux voulus, des formes d'action et d'intervention. Son travail à lui, Reich, était d'analyser une fonction vitale, le travail, et de constituer le champ de son plein et heureux accomplissement : la démocratie du travail. Et il lui fallait, avant tout, briser le face-à-face fasciné fascisant entre les Masses et les Représentants, casser le lien morbide, mystique, irrationnel, étrangleur, les unissant en la hagarde complicité où s'hallucinent, vacillant sans cesse entre masses et maîtres, la liberté, la responsabilité, la jouissance.

En glorieuse compagnie, aux côtés de Fourier, de l'anarcho-syndicalisme de Pelloutier avec son ample vision des Bourses du Travail, de l'anarchisme de Péguy avec son expérience « communiste » des Cahiers de la Quinzaine, d'Anton Pannekoek
théoricien des conseils ouvriers — la démocratie naturelle du travail de Reich vient aujourd'hui stimuler le renouveau libertaire de la pensée politique. Pour redorer un blason terni par tant de dogmes et de mythes, organisations politiques et syndicales multiplient les appels à l'autogestion, proclament la nécessité de « changer la vie » ; la « spontanéité », c'est-à-dire l'auto-réflexion des masses, dédaignant partis politiques et appareils syndicaux, éclate en actions multiformes, fleurit en comités d'action, en conseils d'usine, en mouvements de femmes ou de jeunes... Exemplaire demeure Lip, dans ses innovations et ses hardiesses mais plus encore dans ses limites, ses impasses et ses résignations qui témoignent que le désir de liberté, de responsabilité, d'autonomie et de jouissance des masses, c'est encore au tranchant d'un Reich qu'il gagnerait à s'aiguiser.

Reich, La psychologie de masse du fascisme, ch. IX, La masse et l'État ; ch. X, Les fonctions biosociales du travail ; ch. XI, Donner de la responsabilité au travail d'importance vitale ; ch. XIII, La démocratie naturelle du travail. LIP, Charles Piaget et les Lip racontent. Stock, 1973. Piaget, Maire et Militants C.F.D.T., Lip 73, Seuil, 1973, J. Viard, Les œuvres posthumes de Charles Péguy, Cahiers de l'Amitié Charles Péguy, 1969. S. Bricianer, Pannekoek et les conseils ouvriers, E.D.I., 1969.

 

§48 PESTE ÉMOTIONNELLE (pages 351-359)

Ceux qui lancent les premières pierres, et ceux qui lancent les rumeurs meurtrières, et ceux qui lancent la police et les juges et les chiens et la foule et les psychiatres aux trousses du chapardeur, du vagabond, du Juif, du Noir, de l'immigré et du marginal, et ceux qui lancent à grands cris mystiques leurs furieuses « vérités » religieuses, politiques, scientifiques, et tous ceux innombrables qui s'élancent en chœur — d'église, de parti ou de secte — derrière les führers, s'agglutinant et faisant foule pour savourer la calomnie, colporter la rumeur, gonfler les brigades d'acclamations, nourrir les bûchers, courir au lynchage, et assurer avec cœur la bonne administration des asiles, des prisons et des camps, et la masse immense et prétendue silencieuse qui jouit de toujours lancer les dernières pierres — voilà quelques-unes des figures de la pestilence caractérielle-sociale que Reich décrit longuement sous l'appellation de « peste émotionnelle ».

Trois couches superposées composent schématiquement la structure humaine : à la surface, une couche superficielle, reflétant les impératifs sociaux et moraux, constituée par les gestes stéréotypés et conformes de la vie et de l'urbanité quotidiennes, par des comportements conscients, contrôlés, adaptés, polis, corrects ou autres imposés par des rôles sociaux déterminés, couche que nous pouvons nommer tertiaire, parce qu'elle est la plus tardive, qu'elle apparaît comme le produit artificiel et fragile de la machinerie culturelle, et qu'elle est là surtout pour les autres, pour les Tiers ; sous la pellicule sociale se tient une couche que nous pouvons appeler secondaire parce que Reich y rassemble toutes les pulsions dites « secondaires » — les tendances destructrices, sadiques, masochiques, toutes les émotions, désirs et sentiments qui se sont transformés, sous l'effet de la frustration, en ressentiments, jalousie, envie, haine, rage, tous éléments qui composent par prédilection la cuirasse caractérielle, et que les exigences sociales, les valeurs culturelles et morales et les interdits religieux et politiques nous contraignent de refouler, de refréner, de camoufler ; pour que le ressentiment explose, et que la haine et la rage se déchaînent, on sait qu'il suffit de quelques circonstances un peu inhabituelles, ou de gratter un peu... En profondeur existe une couche primaire, c'est-à-dire à la fois première et primordiale, c'est le noyau vital, bio-énergétique, où viennent prendre naissance la spontanéité, la sexualité, la rationalité, la joie de vivre.
Le noyau vital, profondément enfoui sous le double refoulement exercé par la surface sociale et par les pulsions secondaires, constitue l'objet même, scientifique, aux articulations multiples, de l'économie sexuelle, tout en figurant, dans le même temps, en un mouvement caractéristique d'intrication de la théorie et de la pratique, son projet, politique : faire advenir l'activité spontanée, la puissance orgastique, la connaissance rationnelle, la joie de vivre. Et c'est la massive couche moyenne, à peine recouverte par un vernis social craquelé sans cesse et pesant de son énorme poids sur les racines vivantes, qui forme le « tuf » de la peste émotionnelle et qui occupe, avec sa redoutable batterie de pulsions secondaires, l'essentiel de la structure humaine. Économie sexuelle contre peste émotionnelle, tel est le schéma stratégique de la pensée reichienne.

Stase sexuelle, impuissance orgastique, frustration génitale forment la base de la structure pestiférée, qu'elle partage en commun avec toutes les formations caractérielles névrotiques ; sous cet angle, « la peste émotionnelle est une biopathie chronique de l'organisme ». Mais elle présente des traits qui lui sont propres, et qui la rendent redoutable : alors que le névrosé a tendance à se résigner, à subir en son for intérieur les frustrations et l'angoisse, et semble se satisfaire de l' «équilibre névrotique » qu'il est parvenu à réaliser, le caractère pestiféré ne supporte ni les frustrations ni l'angoisse, il ne tolère pas d'être enfermé dans sa cuirasse caractérielle névrotique, il veut en sortir, il vise au-dehors, et se répand comme il peut dans le champ social — orientation typique que souligne Reich :
« Le trait distinctif de la peste émotionnelle réside... dans le fait que la maladie se manifeste dans une attitude humaine qui, en raison de sa structure caractérielle biopathique, se reflète dans les relations interpersonnelles, dans les rapports sociaux, et qui prend une forme organisée dans certaines institutions. » (Je souligne.)
L'expansion dans le champ social et l'activisme — religieux, politique ou autre — farouche du pestiféré sont une tentative, vouée en dernier ressort à l'échec, pour fuir, déplacer, ou projeter sur des figures et des événements historiques ce qui semble être sa contradiction crispante et irréductible : « contradiction entre son intense désir de vie et son incapacité foncière à bien remplir cette vie. » Le pestiféré apparaît, de part en part, comme un être de contradiction, à tous les niveaux, depuis le vécu émotionnel jusqu'à la théorisation politico-sociale ; et la peste émotionnelle peut être considérée, de ce point de vue, comme une sorte de névrose collective de la contradiction.
Cette contradiction se manifeste avec une particulière virulence et une nocivité spectaculaire dans le domaine sexuel : sur la base inébranlée de la frustration, le pestiféré développe une attitude double : d'un côté attachement, réel ou feint, à une morale anti-sexuelle rigide, répressive, sadique (frapper, châtrer, tondre les cheveux, « couper les couilles », dénuder publiquement, poursuivre en justice, etc.) — ce qui établit la solide alliance de la peste émotionnelle et de la tradition ; et de l'autre, une sorte de lascivité sexuelle, de pornographie sournoise, vulgaire ou élégante, une confuse transgression par la bande des tabous affichés — en quoi le pestiféré se fait l'écho, déformé et déformant, des désirs obscurs et maladroits de libération sexuelle, qu'il perçoit mieux que tout autre. Ces trois facteurs conjugués — frustration, répression, lascivité — nourrissent la haine tenace et insatiable que le pestiféré ressent à l'égard des expressions et revendications authentiques, authentiquement révolutionnaires, de la puissance orgastique. La « bête noire » du pestiféré, souligne Reich, « est la sexualité naturelle des enfants et des adolescents ».
Combien concrète et terriblement actuelle est l'analyse de Reich, on s'en convaincra immédiatement en rapprochant ces quelques lignes (dont je souligne les indications les plus suggestives) :
« les pestiférés s'agglutinent en cercles sociaux dont l'influence se manifeste surtout par une opinion publique d'intolérance à l'égard de tout ce qui est amour naturel. On les connaît et on les redoute : leur vindicte frappe toute manifestation amoureuse sous de fallacieux prétextes « culturels » ou « moraux ». Ils ont en outre réussi à mettre au point un système élaboré de diffamation et de délation » (ces derniers termes soulignés par Reich), « ces gens qui jugent en secret la sexualité saine de leurs semblables ont beaucoup de vies humaines sur la conscience ».
de la toute récente affaire Gabrielle Russier, schématiquement résumée en suivant les articulations reichiennes : vie humaine, c'est la mort de Gabrielle Russier emprisonnée puis suicidée ; vindicte, c'est un juge vindicatif qui ordonne son incarcération et la harcèle — pour arracher quel secret ; amour naturel et sexualité saine : ce sont les rapports amoureux entre G. Russier, enseignante, et un de ses élèves, un adolescent ; prétexte moral : un code implicite de déontologie pédagogique interdit de tels rapports ! ; prétexte culturel : « une femme de son âge, qui pourrait être sa mère ! » ; vindicte, encore : les parents du garçon ne tolèrent pas une pareille liaison ; cercles sociaux : ils sont membres du parti communiste et d'un Syndicat national d'enseignants, et ces deux institutions les soutiennent ; une opinion publique d'intolérance les soutient dans l'action en justice qu'ils entreprennent contre G. Russier — leur collègue ; et diffamation : contre Russier, toutes sortes de rumeurs sur sa vie privée et son activité politique sont lancées...
Outre ce fort clivage sexuel entre lascivité et pudibonderie, le pestiféré manifeste un non moins vif décalage entre ses buts avoués et ses buts réels ; il est, peut-on dire, l'homme du mensonge structurel ; « chez lui, écrit Reich, le motif de son action est toujours simulé ; le vrai motif n'est jamais celui qu'il indique » ; dans la perspective de la peste émotionnelle, où la régnante cuirasse tourne tout en torsions et contorsions, tout est décalé, déplacé, déformé ; on peut donc définir la peste émotionnelle « comme la somme de toutes les fonctions vitales irrationnelles de l'animal humain ».
L'irrationnel est le milieu d'élection de la peste émotionnelle ; elle y baigne et y batifole et y triomphe ; aussi, au moins autant que les expressions de la puissance orgastique, hait-elle les expressions de la rationalité, la recherche de la « véracité » et de « l'objectivité » ; elle tient plus que tout en horreur ce qui peut démasquer ses structures profondes, caractérielles ou sociales ; ainsi s'explique la fureur que suscite chez les pestiférés toute conception qui parvient à éclairer et à démonter certains aspects essentiels de la réalité. Qu'on fasse le bilan des fureurs suscitées par le marxisme, qui met à nu les mécanismes socio-économiques de l'exploitation, c'est-à-dire concrètement de la frustration et de la répression des masses ; des rages provoquées par la psychanalyse, qui met à nu les mécanismes psychologiques du refoulement, de la sexualité, et de la répression interne ; et des hargnes inapaisées soulevées par l'économie sexuelle de Reich, qui met à nu les liaisons structurales de cette double série de mécanismes !

La vérité, la vérité sans réserve envers et contre tout, est l'arme privilégiée, indispensable, comme l'ont toujours affirmé les penseurs révolutionnaires, et elle est elle-même le critère irrécusable de toute attitude et de toute approche révolutionnaires. « Aucun mouvement de libération, affirme Reich, ne s'imposera jamais s'il ne combat énergiquement avec les armes de la vérité la peste émotionnelle organisée. »
Nul n'est exempt totalement ou durablement de peste émotionnelle ; elle est inscrite dans nos structures ; on peut tenter de la neutraliser, de lutter contre elle, on ne peut, par définition structurale, l'extirper complètement ni définitivement ; aussi, dit Reich, « personne n'a le droit de se sentir offensé parce que son médecin diagnostique « une crise aiguë de peste émotionnelle ». Et même un orgonthérapeute, cas exemplaire, formé à débusquer et à lutter contre le fléau, peut en être la victime de manière épisodique, le plus souvent en liaison avec des « troubles de sa vie amoureuse » ; il dit alors, très simplement : « Aujourd'hui, je ne suis bon à rien. Je suis en proie à la peste émotionnelle. » Recommandations de Reich : isolement temporaire, conseils amicaux, raisonnements clairs, et dans les cas extrêmes, orgonthérapie.
Autrement plus graves et plus meurtrières sont les atteintes sociales et institutionnelles de la peste émotionnelle ; la contagion s'empare de tout un peuple, de tout un pays, voire de toute une civilisation, et cela donne cette massive infection que fut l'impérialisme occidental ethnocidaire, ou ce paroxysme exterminateur que fut le nazisme. Sans aller jusqu'à ces formes spectaculaires qui en sont la révélation éclatante et catastrophique, la peste émotionnelle sévit à l'état endémique dans tous les secteurs importants de notre existence ; on peut citer, avec Reich : « le mysticisme dans ce qu'il y a de plus destructif ; les efforts passifs ou actifs tendant vers l'autoritarisme ; le moralisme ; la politique partisane ; les systèmes d'éducation sadiques ; la bureaucratie autoritaire ; l'idéologie belliciste et impérialiste ; le gangstérisme et les activités antisociales criminelles ; la pornographie, l'usure, la haine raciale. » On notera encore parmi les secteurs cités par Reich ce qu'il appelle la « familitis », la famille renfermée, renfrognée sur elle-même, dans un narcissisme hargneux et cupide ; « la délation et la diffamation » désignent, entre autres, les campagnes de calomnies qui, bénéficiant aujourd'hui du vaste support des moyens de communication de masse, représentent une puissance considérable et un des lieux privilégiés d'exercice de la peste émotionnelle — où elle doit être, plus que partout ailleurs, combattue ; campagnes de calomnies lancées contre un individu, un groupe, une collectivité entière — contre les jeunes, les Arabes, les Juifs, les immigrés, les gauchistes, les féministes, les intellectuels, les marginaux ; campagnes qui poussèrent, par exemple, un Roger Salengro au suicide ; campagnes déclenchées aujourd'hui à l'échelle internationale contre un Soljénitsyne et exhibant contre lui les ragots les plus invraisemblables (fils de bourgeois, traître militaire, d'origine juive, arriviste, apologiste du nazisme, mystique chrétien, écrivain cupide recherchant les poignées de dollars, écrivain ambitieux recherchant le prestige, vie familiale désordonnée, etc.) ; et campagnes caricaturalement exemplaires contre Reich lui-même, qui réussirent si bien à cristalliser contre lui tous les ferments de peste émotionnelle qu'il fut jeté en prison, pour y mourir...
La rumeur, on le voit bien ici, n'est pas un élément anecdotique, une passagère jaculation ; elle est bien éjaculation de quelque chose de fondamental, expression d'un trait caractéristique et véritablement universel de la peste émotionnelle : ô subtile jouissance à écouter et colporter l'incessante rumeur ! Personne n'y échappe, et une toile immense est ainsi tendue sur tout le champ social, faite de mensonges, ragots, on-dit, références, citations — pédantes ou vulgaires, savantes ou populaires, journalistiques ou universitaires. Malheur alors à celui sur qui le « scandale » arrive !

Tellement vaste, tellement incarnée, tellement prise dans le vécu quotidien — la peste émotionnelle ne peut manquer, dans le texte reichien, de précipiter — et de se précipiter sur le lecteur — en figures pittoresques et immédiatement éloquentes ; c'est ainsi que Reich produit le « meurtre du christ », de toute évidence le plus parlant des meurtres dans notre culture, comme l'Acte exemplaire accompli par la peste émotionnelle, et qui renforce par là même l'interprétation du christ comme incarnation de la puissance orgastique et de la plénitude génitale haïes du pestiféré ; et il produit ce blason verbal qu'est MODJU, qui réunit deux incarnations ou manifestations exemplaires aussi de la peste émotionnelle : à un pôle, le pôle masse, se tient Mocenigo, l'obscur et « anonyme » Vénitien de la Renaissance qui, par désir frustré de savoir, aspiration tordue au bonheur, jalousie, délation et diffamation, pousse Giordano Bruno dans les mains de l'Inquisition, vers la prison, la torture et le bûcher ; et à l'autre pôle, pôle héroïque cher à l'historien, s'érige Djugashvili-Staline, même structure caractérielle pestiférée triomphant à l'échelle d'un Continent, d'un Système, d'une Histoire, d'une Civilisation. Reich détache le terme de ses matériaux historiques originaires, et en fait l'appellation percutante, quasi mythique, de la peste émotionnelle ordinaire, quotidienne : « ' Modju ', écrit-il dans Le meurtre du christ, c'est le nom de millions de petits démolisseurs de l'espérance humaine, de millions de fourmis rongeant les fondements de la société ; le « pauvre petit bonhomme » est si insigniliant que personne n'a encore jugé nécessaire de le regarder et de mettre un terme à ses activités souterraines pernicieuses ».

Le mythe — christ et Modju — n'entraîne-t-il pas Reich un peu trop loin ? D'instrument analytique explorant des structures, des situations, des événements, des réalités concrètes, le concept de peste émotionnelle semble parfois se ramasser, se nouer en lui-même, acquérir l'opacité d'une force cachée, démoniaque, rassemblant les figures diverses de l'adversité, de l'hostilité et du négatif dont Reich eut à souffrir et qu'il voit maintenant — vers 1953 — peser sur lui comme une conspiration. Dans ce même terme de Modju où il enferme la peste émotionnelle, Reich semble enfermer son propre ressentiment ; la force du mot le porte, l'emporte — loin de l'objectif analytique : « Nous aimerions introduire, écrit-il dans un texte intitulé « Modju dans le journalisme », l'expression « Ceux-qu'on-voit-pas » pour désigner les Modjus de toutes les nations, dénominations et abominations qui effectuent leur œuvre de sape dans la vie humaine et dans le travail... Modju croit qu'on ne le voit pas, puisqu'il se conduit comme un de « Ceux-qu'on-voit-pas » — mais nous les voyons... »
« Dérive » limitée ; quelques années auparavant, Reich avait pris soin de consolider ses assises en s'adressant directement à l'insignifiant « pauvre petit bonhomme », homme de tous les jours, porteur fraternel de la peste émotionnelle ; avec lui, dans Écoute, petit homme, la peste émotionnelle reste bien enracinée dans la terre ferme de la vie quotidienne.

Reich, L'analyse caractérielle, ch. XVI, La peste émotionnelle. Reich parle de Freud, 2e Partie, Documents complémentaires, 2) La peste émotionnelle, Les psychanalystes ; La vérité contre Modju. Le meurtre du christ, Appendice : L'arme de la vérité. La psychologie de masse du fascisme. Boadella, op. cit., ch. XI, Conspiracy.
Cf. Soljénitsyne, Lettre aux dirigeants de l'Union soviétique, Seuil 1974.
Sur l'affaire Russier : Gabrielle Russier, Lettres de prison, précédé de Pour Gabrielle, de Raymond Jean, Seuil, 1970. Michel del Castillo, Les écrous de la haine, nous avons tué Gabrielle Russier, Julliard, 1970 (ouvage saisi). Le film d'André Cayatte, Mourir d'aimer, avec Annie Girardot.

© Payot.

Lire aussi deux autres extraits : Education sexuelle et Nouveaux-nés. Ainsi que la préface de la réédition : Qui a peur de Wilhelm Reich ?

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Mouvement International pour une Écologie Libidinale (MIEL) - www.ecologielibidinale.org - Dernière mise à jour le 13 juin 2007