Les guerres entre "nations" sont décidées par ceux
qui ont le pouvoir : les puissants. Au XXème siècle
(où nous prendrons nos exemples) le pouvoir est détenu par les
grands capitalistes et leur politique est appliquée par les gouvernements
qui en sont généralement les émanations.
Lorsque leur propagande (les idées nationalistes et militaristes) est
efficace, une partie plus ou moins importante de la population soutient également
la guerre.
Les bénéfices attendus de la guerre par les grands capitalistes
sont multiples :
- briser les concurrents des autres pays et conquérir ainsi leurs parts
de marché - ici il y a des gagnants et des perdants ;
- tirer un profit financier immédiat de la guerre (vente d'armes, de
munitions, uniformes et autres fournitures militaires) ;
- purger les classes populaires lorsqu'elles deviennent remuantes.
C'est ce dernier point qui est le plus intéressant et le plus passé sous silence. C'est pourtant, en ce qui concerne les deux plus grands conflits armés de l'histoire, le plus évident. La guerre n'est pas seulement la continuation de la concurrence capitaliste par d'autres moyens, c'est l'ultime moyen de défense des dominants contre leur propre peuple.
Celle-ci se déclenche au moment où dans toute l'Europe les mouvements
ouvriers commencent à s'organiser efficacement à une échelle
internationale (ex : l'activité de Jaurès, de Rosa Luxembourg,
de Lénine, etc...). Jean Jaurès est justement assassiné
à la veille du déclenchement du conflit alors qu'il mobilisait
tout ses efforts pour l'empêcher, notamment par le rapprochement avec
les travailleurs allemands.
Si la guerre sera fatale au régime tzariste (révolution russe
de 1917), les autres pays neutraliseront ainsi les forces révolutionnaires
(y compris par la force pour l'Allemagne : écrasement du soulèvement
Spartakiste de 1918 à l'aide des troupes revenues du front après
la défaite).
Il a d'ailleurs été établi que, au cours du conflit, les
régiments "douteux" (c'est-à-dire ayant dans le passé
refusé de tirer sur les ouvriers pendant des grèves) seront envoyés
aux endroits du front les plus dangereux afin d'y être exterminés.
A l'échelle individuelle il était également aisé
de liquider des "meneurs" et autre éléments suspectés
de subversion en leur confiant une mission "suicidaire".
De plus la guerre tombe à pic pour liquider l'excédent de main d'oeuvre du à la mécanisation croissante de l'agriculture et de l'industrie. Bilan : plus de 10 millions de morts, essentiellement des paysans et des ouvriers.
"La guerre ce sont des gens qui ne se connaissent pas qui se massacrent, au profit de gens qui se connaissent mais qui ne se massacrent pas." Paul Valery.
Là encore c'est au moment où les "Fronts populaires" menacent l'ordre capitaliste que se déclenche le second conflit mondial. En Italie (1922) et en Allemagne (1933), la dictature portée au pouvoir avec l'aide des grands capitalistes a permit de neutraliser les velléités révolutionnaires du peuple.
Le parti National-Socialiste allemand a été reconstruit dès le début des années 1920 par un financement massif de la part de Henry Ford (le célèbre industriel américain). Lequel est également l'inspirateur principal de la doctrine antisémite des Nazis. Les industriels allemands (mais aussi français) ont également largement contribué à l'arrivée au pouvoir de Hitler. Les compagnies automobiles Ford et General Motors ont ensuite grandement contribué à la production de véhicules militaires pour l'armée allemande, jusqu'à l'entrée en guerre des Etats-Unis (décembre 1941).
Lire par exemple cet article du Washington Post de 1998. Deux livres clés : Stefan Kühl, The Nazi Connection. Eugenics, American Racism, and German National Socialism, Oxford University Press, New York, 1994 et Max Wallace, The American Axis. Henry Ford, Charles Lindbergh, and the Rise of the Third Reich, St. Martin’s Press, New York, 2004.
Dans les "démocraties" bourgeoises, malgré les
sympathies des milieux dirigeants pour Hitler, les mobilisations ouvrières
des années 1930 permettent de porter au pouvoir des gouvernements
sur des programmes de réforme plus ou moins radicale du système
capitaliste. "Plutôt Hitler que le Front populaire"
disaient les bourgeois de l'époque.
Ainsi la guerre commence-t-elle début 1936 par l'attaque de l'Espagne
républicaine du "Frente Popular" par les troupes fascistes
de Franco (essentiellement composées de marocains enrolés
de force), avec le soutient actif des dictatures fascistes (Allemagne,
Italie) et le soutien passif (non intervention) des régimes parlementaires
bourgeois (Angleterre, France).
Les sympathies persistantes de la plus grande partie de la classe dirigeante
des "démocraties" (le grand capital, regroupé
dans la Synarchie) pour Hitler (vu comme "le dernier rempart
contre le bolchévisme") mèneront aux catastrophiques
accords de Munich (1938) qui livrent la Tchécoslovaquie aux Nazis,
alors qu'il eut été encore possible d'arrêter l'Allemagne
qui n'avait pas encore terminé son réarmement. La responsabilité
directe (trahison) de la classe dirigeante française dans la défaite
de la France en 1940 est maintenant tout à fait établie
par les travaux des historiens qui ont eu accès aux archives :
lire le
choix de la défaite (lien vers le site de Annie Lacroix-Riz).
A la libération, tout sera fait pour restaurer la situation antérieure
du rapport de domination (d'où l'élimination de Jean Moulin,
le seul qui n'avait pas la haine du "rouge").
Le choix de la défaite : conférence tenue par Annie Lacroix-Riz
à l'invitation de Solidarité et Progrès, le 28 septembre
2006,
une formidable leçon sur la façon d'appréhender l'histoire
:
En dehors des grandes guerres "purificatrices", l'armée a
de tous temps servi à réprimer les révoltes populaires
(des jacqueries de l'Ancien Régime aux grèves ouvrières
de l'ère industrielle).
Il suffit de faire un tour dans les salons professionnels présentant
les innovations en matière de "sécurité" pour
voir que l'essentiel de cette industrie est dédiée au contrôle
et à la répression des foules ou des individus. C'est bien à
la lutte contre les soulèvements populaires que s'entrainent policiers
et militaires de nos "démocraties". L'architecture urbaine
est elle-même conçue en fonction de ces visées sécuritaires
(Cf. le film
Pas lieu d'être de Philippe Lignière, 2003), systématisant
en cela les réalisations d'Haussman qui fit dégager dans Paris
des perspectives pour permettre le tir des canons (Suite aux insurrections de
1830 et 1848).
Aujourd'hui l'Europe néo-libérale est en train de ressembler
de plus en plus au projet des capitalistes des années 1930 alliés
aux Nazis. Lire l'Europe néo-fasciste
est en marche.
La France a d'ailleurs acquis quelques lettres de noblesse en matière
de lutte "anti-subversive" puisque se sont ses officiers qui ont mis
au point les techniques de torture systématisée pour lutter contre
le F.L.N. en Algérie. (Cf. le film
La bataille d'Alger de Gillo Pontecorvo (1966), qui servit même
de support de formation !) Techniques qu'ils exportèrent ensuite - avec
le succès que l'on sait - aux Etats-Unis (lesquels ont formés
les policiers et militaires de presque toutes les dictatures militaro-fascistes,
notamment celles d'Amérique Latine).