A qui profite l'hystérie* anti-pédophile ?

*par hystérie nous entendons réactions irrationnelles, par opposition à une lutte raisonnée et efficace contre les abus sexuels sur les enfants. Pour nous la lutte contre les agressions sexuelles sur les enfants passe avant tout par l'éducation sexuelle. Elle permet en particulier de leur apprendre à refuser les pratiques qui ne leur conviennent pas.

La pédophilie est, comme les autres formes de déviances sexuelles, une conséquence de la répression de la sexualité pendant l'enfance. Ce n'est pas un hasard si une forte proportion d'hommes pédophiles appartiennent à l'Église.
Née de l'affaire Dutroux une nouvelle vague d'hystérie anti-pédophile s'est abattue sur l'Europe.
Exemples de conséquences néfastes :

* Le toucher est pourtant essentiel à un développement équilibré de l'enfant. Lire Montagu, Ashley, La peau et le toucher, Seuil, 1979.

Les dysfonctionnements de la justice qui ont entrainé les drames de Worms et d'Outreau sont des conséquences du traitement médiatique de la "pédophilie". Ce sont des conséquences concrêtes de l'idéologie dominante : les médias de masse ont pour fonction d'occuper les esprits, ce qui se fait d'autant plus efficacement en mobilisant les pulsions irrationnelles.

Ironie de l'histoire : Dutroux et ses complices - ou plutôt ses riches clients, car il s'agissait d'un commerce d'enfant - n'étaient pas à proprement parler des pédophiles (adulte désirant avoir des relations amoureuses et sexuelles avec des enfants non pubères), mais des sadiques (forme de perversion sexuelle impliquant tortures - et meurtres dans ce cas) s'en prenant à des victimes faibles (enfants et adolescents).
C'est l'ignorance des journalistes qui les a transformés en violeurs pédophiles. En fait cette confusion n'est peut être pas le fruit d'une simple ignorance car, comme nous allons le voir plus loin, elle peut remplir une certaine fonction répressive.

Clarifications sur les abus sexuels sur les enfants et leurs auteurs

Pour protéger efficacement les enfants des malades et criminels qui pourraient les agresser, et leur éviter des traumatismes, il convient d'être correctement informé et de réfléchir de façon rationnelle. C'est pourquoi il nous a paru nécessaire, plutôt que de hurler avec les loups, de procéder à des clarifications, d'expliciter les amalgames ainsi que de mettre en lumière les enjeux cachés des réactions irrationnelles que l'on peut observer face à cette question.
Notre objectif est à la fois de protéger les enfants contre les abus sexuels et de protéger les enfants contre la répression de leur propre sexualité.

Tout d'abord quelques définitions (issues de la psychanalyse et de la psychologie clinique) pour éviter les malentendus :

Sexualité (relation sexuelle)
La notion de sexualité est une notion large, qui ne se limite en aucun cas à la sexualité génitale. La sexualité, c'est le plaisir issu du corps que l'on vit seul ou avec l'autre. Lorsque nous utilisons le mot sexualité, il ne faut pas pour autant imaginer un rapport génital.
Sexualité infantile
La sexualité existe dès la naissance. Le premier acte sexuel de l'enfant est de téter le sein. En effet téter ne se limite pas à l'alimentation, le bébé y prend également plaisir. La sexualité de l'enfant évolue progressivement au cours de son développement et ses manifestations en sont très variées. Par exemple on peut citer les plaisirs de l'exhibitionnisme, du voyeurisme ou de la claque sur les fesses*. La sexualité infantile est très différente de la sexualité adulte, notamment du fait qu'elle ne s'investit que tardivement - et pas exclusivement - dans la zone génitale.

* Du fait du caractère sexuel de la fessée pour l'enfant, le punir en lui donnant une fessée est un geste ambigu et très déstructurant pour l'enfant. Voir le site de la psychanalyste Alice Miller (www.alice-miller.com) l'auteur, entre autre, de C'est pour ton bien.

Puberté, pubère
La puberté est le processus de maturation (psychique et physiologique) qui assure la transition vers la sexualité adulte. Ce processus prend plusieurs années et ne se produit pas tout à fait au même âge pour chacun. Est pubère un jeune qui a les signes de la puberté (poils au pubis puis sous les aisselles, règles ou sperme, seins, ...)
Pédophile
Un pédophile est une personne qui éprouve un désir amoureux et qui obtient du plaisir sexuel (dans l'acte ou le fantasme) en ayant une relation de nature sexuelle (n'impliquant évidemment pas la pénétration) avec un enfant non pubère. Un pédophile aime les enfants, il ne peut faire volontairement du mal à un enfant.
Un pédophile n'est pas attiré par les adolescents pubères.
Sadique
Un sadique est une personne qui obtient du plaisir sexuel (dans l'acte ou le fantasme) en infligeant à un autre une souffrance (physique ou psychique) ou en le dominant. L'enfant est une cible privilégiée pour assouvir un besoin de domination de l'autre.
Ce qui est usuellement qualifié de "pédophilie", et qui suppose la pénétration d'un enfant pré-pubère (acte inévitablement violent), relève en fait du sadisme.

Il convient d'abord de rappeler qu'un pédophile est attiré par des enfants non pubères, tandis que la loi française punit les relations de nature sexuelle entre adultes et jeunes de moins de 15 ans (moins de 18 ans si l'adulte est dans une position d'autorité vis-à-vis du jeune). Donc des relations entre adultes et adolescents qui ne relèvent pas de la pédophilie.

Si la loi punit toute relation de nature sexuelle (incluant les simples attouchements) avec les moins de 15 ans c'est parce qu'elle considère qu'un jeune de moins de 15 ans ne peut être consentant, qu'il est forcément toujours sous l'influence de l'adulte. En d'autres termes elle considère que tout attouchement sur un jeune est nécessairement une agression. Ce faisant elle favorise l'association entre sexualité et violence.
Ce point de vue est en contradiction avec les connaissances apportées par la psychanalyse concernant la sexualité infantile, notamment l'autonomie du désir, et avec l'observation que tout un chacun peut faire : si on les laisse faire, les enfants ont une activité sexuelle et ils sont parfois demandeurs et initiateurs de jeux sexuels entre eux ou avec les adultes (ex : demander une fessée). L'enfant est capable de mettre fin au jeu lorsqu'il n'en a plus envie ou sinon c'est à l'adulte d'y mettre fin lorsque l'enfant veut prendre une position d'adulte.

L'abus sexuel a lieu lorsque l'adulte impose au jeune une activité sexuelle que ce dernier ne désire pas ou qui n'est pas adaptée à son développement physique et mental (sa maturité). Les conséquences peuvent en être gravissimes pour l'enfant, notamment concernant la suite du développement de sa propre sexualité.

Les travaux de la psychologie clinique et de la victimologie ont notamment établi que :

Des militants progressistes se sabordent.

Voyons maintenant trois épisodes où nous avons été confrontés (en 2004) à des militants "progressistes" victimes de cette ambiance.

1. Une psychanalyste freudienne, trop médiatisée, intervenante dans un colloque sur le thème "Sexualité et droits de l'homme". Elle y dénonce les dérives néo-réactionnaires de certains psychanalystes. Nous lui posons une question concernant la répression de la sexualité des enfants. En guise de réponse elle nous sort un couplet sur la pédophilie !
Et ainsi la question essentielle de la sexualité des enfants passe à la trappe... ce qui fait le jeu des théoriciens réactionnaires.
Cela montre que la question de la sexualité infantile ne peut plus être évoquée sans s'associer à la pédophilie, même chez les "spécialistes" du domaine.
En plus elle nous a ensuite dit que "la sexualité infantile est quelque chose de parfaitement admis de nos jours". Autrement dit il n'existerait plus de répression sexuelle ni de tabou sur le sujet ! Nous l'invitons à se confronter un peu plus à la réalité sociale...

2. Un responsable d'un rassemblement écologiste se disant "alternatif".
Nous lui proposons notre participation. Cherchant à connaître les raisons du refus du comité d'organisation, nous n'obtenons tout d'abord que des formulations vagues et imprécises. En insistant il finit par nous dire que "ce n'est pas le moment", ceci se reliant au fait que quelques jours auparavant une haute responsable du Front National - parti politique notoirement fasciste - a traité, dans une émission de télévision, un ancien leader du mouvement de Mai 68 (actuel militant écologiste) de pédophile. Donc pas question de parler de sexualité dans une réunion écologiste : le public ne serait pas mûr pour cela ! (Cela justifie donc notre action de sensibilisation.)

Lorsque les fascistes attaquent sur le terrain de la sexualité, les militants "progressistes" ne savent que répondre et battent en retraite. Ils feraient bien de lire Reich !
Ainsi, avec la complicité objective de ces derniers les fascistes ont marqué un point : réussir à censurer une organisation anti-fasciste qui justement peut les contrer sur le terrain de la sexualité.

3. Un militant anti-publicitaire de longue date réagit violemment à la diffusion d'un de nos textes par l'association Résistance à l'Agression Publicitaire.
Il prétend que les idées de Reich auraient donné naissance à des sectes pédophiles. En fait il s'avère qu'il ne connaît rien à Reich et ne fait que colporter des rumeurs diffamatoires. Des rumeurs diffamantes ont toujours abondé car l'oeuvre de Reich étant extrêmement subversive, tous les moyens sont bons pour la réaction d'essayer de salir Reich et de dénaturer ses idées.
Après discussion il s'avère que ce qui gène notre militant c'est l'idée que l'épanouissement sexuel est nécessaire à l'équilibre mental.
Il y a là une confusion : critiquer la publicité et ses messages incitant au plaisir immédiat s'associe chez ce militant avec la critique du plaisir charnel. Or tout au contraire le plaisir véritable est aux antipodes du plaisir mis en scène par la publicité :

"La pub est à ce point sexiste qu'elle en devient asexuante. Elle exprime un désir inconscient de désexualisation du sexe : une sexualité sans amour voir même une sexualité sans sexe." Paul Ariès dans Putain de ta marque !, éditions Golias, 2003.

De cette confusion naît une conception ascétique (monacale) de la décroissance.

Pour conclure, il semblerait que certains militants progressistes ont peur quand on commence à parler de sexualité. Ils préfèrent faire l'autruche plutôt que de se poser des questions.
La chasse hystérique aux pédophiles avec son cortège d'accusations portées à la légère et d'amalgames (viol, sadisme, commerce) propagés par les médias ont contaminé certains militants.

A qui profitent ces amalgames ?

Aux puritains réactionnaires : ceux-là même qui ont tenté de récupérer l'épidémie de Sida à ses débuts.
Rien n'est plus néfaste que de leur laisser le champ libre. Les enseignants en savent quelque chose eux qui sont en première ligne. Ils n'osent plus toucher leurs élèves ni même leur parler de sexualité. Voir un fait divers instructif à ce sujet : l'Educastrons Nationale complice des pédophiles ?)
Le puritanisme de certains militants dits "progressistes" est le meilleur allié des réactionnaires puritains et des fascistes.
Ceci n'est pas un phénomène nouveau, le puritanisme constant des communistes staliniens est bien connu. Il leur a d'ailleurs coûté cher face à Hitler et a marqué la dérive totalitaire de l'URSS (Voir l'article proposé par le MP1PM : "bolchevisme sexuel")

Nous savions déjà que depuis le milieu des années 80 nous sommes entrés dans une période de régression des libertés sexuelles et de retour de "l'ordre moral". Ces quelques réactions irrationnelles que nous avons rencontrées confirment la pertinence et l'actualité de notre lutte contre la répression sexuelle.

Qu'est ce qui se cache derrière cet irrationnel ? Quelle en est la fonction idéologique ?

Un révélateur social

On pourrait s'interroger sur les liens que pourraient entretenir cette hystérie anti-pédophile avec certains phénomènes sociologiques contemporains comme le "jeunisme" (idéalisation de la jeunesse et recherche d'un corps éternellement jeune), la sexualisation précoce (lien vers le site sisyphe.org) des enfants et pré-adolescents à travers certaines modes vestimentaires ou la pratique de l'épilation intégrale (sexe glabre comme celui d'un enfant pré-pubère). En effet, selon la théorie psychanalytique, les pulsions inacceptables pour la conscience sont refoulées dans l'inconscient par le jeu d'une force contraire qui s'exprime à la surface (c'est ainsi que par exemple des gens pleins de haine se montrent excessivement polis). On pourrait alors, par une généralisation hardie, se demander si cette chasse irrationnelle aux pédophiles n'est pas le révélateur d'une pulsion pédophile collective refoulée.

On peut de la même façon se demander pourquoi les abus sexuels sur les enfants (assimilés à "la pédophilie") déchaînent tant les passions tandis que les autres formes de maltraitances dont sont victimes les enfants (violence physique, psychologique (ex: chantage affectif), négligence) laissent le plus souvent indifférents, alors qu'elles touchent près de 3 fois plus d'enfants et entraînent parfois leur mort ? A notre avis c'est parce qu'entre en jeu inconsciemment, dans les réactions irrationnelles déclenchées par la pédophilie, la peur et le rejet (la négation) de la sexualité infantile. Rejet qui est le propre des personnes atteintes de peste émotionnelle. La sexualité infantile reste le tabou le plus fondamental de notre société.

Enfin pourquoi appelle-t-on "pédophiles" des individus qui violent des enfants, alors qu'il s'agit de sadiques ? Pourquoi fait-on la chasse aux pédophiles (littéralement "ceux qui aiment les enfants") et non aux sadiques ? Peut-être parce que les sadiques (ceux qui aiment dominer) sont présents dans toute la hiérarchie sociale...

Une nouvelle forme de censure sur la sexualité

L'engouement médiatique pour la "pédophilie" a pour conséquence de rendre suspect tout discours sur la sexualité adressé aux enfants.

Citons le cas d'un professeur remplaçant de collège qui fut purement et simplement licencié pour avoir lu à ses élèves "les sonnets du trou du cul" de Arthur Rimbaud. (Dans les années 1990, en France.) En réalité tous les grands artistes ont écrit des poèmes, des récits ou réalisé des dessins ou peintures licencieuses. Ces oeuvres (ex : les Stupra de Rimbaud) sont éliminées des manuels scolaires (et bien souvent des histoires de l'art).

La censure n'est plus un moyen d'action légitime dans notre société, c'est donc par un autre biais que l'éducation des enfants à la sexualité est entravée.

Ce délire anti-pédophile interdit aux adultes d'avoir un rapport sensuel au corps des enfants, de simplement les toucher. Donc en définitive cela limite les possibilités d'éveiller les enfants à la sensualité. Bref c'est un ingrédient de l'aliénation généralisée qui s'ancre en premier lieu dans le rapport au corps.
Finalement la chasse irrationnelle au pédophile est non seulement inefficace pour protéger les enfants (elle se trompe de cible) mais en plus elle favorise la répression de la sexualité et de la sensualité des enfants. Cette répression est, comme l'ont montré Freud puis Reich, le socle des névroses et de la peste émotionnelle.
La répression ou l'aliénation (par la pornographie) du désir sexuel est à la source de l'aliénation de tous les désirs et de l'alinénation du jugement. Voir notre page consacrée à la dimension subversive de la culture érotique.

Sur la pédophilie dans la société, voir le film La machine de Paul Vecchiali, 1977, lien vers la filmographie
Sur les relations sexuelles entre adultes et adolescents, voir par exemple le film 36 fillette de Catherine Breillat, 1987, lien vers la filmographie
La répression sexuelle tue aussi des enfants : voir quelques faits divers.
Sur le tabou concernant la sexualité des enfants, voir dans les FAQ : la révolution sexuelle a-t-elle eu lieu ?

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Mouvement International pour une Écologie Libidinale (MIEL) - www.ecologielibidinale.org - Dernière mise à jour le 16 sept. 2007